| Je suis arrivé à huit heures et quart |
| J’ai grillé une sèche en lisant le courrier |
| Dans cette loge d’artiste où s’arrête la gloire |
| Le temps de se refaire une petite beauté |
| Regarde-moi bien, j’suis une idole |
| J’ai passé mes joues au fil du rasoir |
| Quand on vend sa gueule sous des projecteurs |
| On peut pas se permettre d’avoir les cheveux noirs |
| Et une barbe toute blanche même pour trois quarts d’heure |
| J’ai mis mes souliers, tantôt bottillons |
| Tantôt mocassins, ça dépend des fois |
| Et quant à marcher entre deux chansons |
| J’irais bien pieds nus, seulement ça se fait pas |
| Regarde-moi bien, j’suis une idole |
| Si j’ai fait mes yeux, c’est pour agrandir |
| Les deux petits quinquets que maman m’a donnés |
| Je les voudrais bien verts, d’ailleurs je le fais dire |
| Mais ils sont châtains en réalité |
| J’ai mis mon costume sorti du pressing |
| Ce vestiaire anglais où on lave même le spleen |
| Un chanteur qui chante la révolution |
| Ça planque sa cravate, ça met le col Danton |
| Regarde-moi bien, j’suis une idole |
| J’ai bronzé ma gueule d’un vieux fond de soleil |
| Qu’on me refile en tube chez mon parfumeur |
| Et quand je fous mes codes sous l’arc des merveilles |
| On voit des canaux qu’on prend pour des pleurs |
| Quand tout est fini, le rideau baissé |
| Et que j’entends mourir la rumeur complice |
| Et qu’il n’y a plus rien qu’un silence armé |
| Par tant de passants, sous tant de coulisses |
| Regarde-moi bien, j’suis une idole |
| Et je retrouve mon corps, celui que je rencontre |
| Les matins civils quand je me prends pour moi |
| Le même que l’on voit, le même que l’on montre |
| À je ne sais plus qui, pour je ne sais plus quoi |
| Et je m’en vais souper, traqué dans un coin |
| Avec mes copains sur mon addition |
| En rasant les tables, en me cachant des mains |
| En disant tout bas la fin de ma chanson |
| Regardez-moi bien, j’suis qu’un artiste. |