| Alors, le bras sur son épaule |
| elle a ri fort, ça a claqué; |
| seules quatre des quilles sont tombées |
| les voir t’a fait rater ton coup. |
| Elle aurait pu attendre un peu, |
| aller avec toi juqu’au bout. |
| Vous quittez le bowling ensemble; |
| ils traînent à l’arrière tous les deux. |
| Tu ne l’aime pas mais il te semble |
| qu’elle aurait pu attendre un peu. |
| Il y a «Le Coup Franc» d’allumé, |
| on est encore loin des deux heures. |
| Les autres te voient rappliquer seul |
| et les verres font les cascadeurs; |
| ta tête les fait tous bien marrer. |
| Qu’a tu raconté tout à l’heure? |
| Tu as encore dû t’avancer trop, mais |
| pour qu’une quille tombe il faut viser |
| et tes yeux sans doute sont trops lents: |
| d’autres les font tomber avant. |
| Tu t’es fait jeter du café; |
| ils t’avaient jamais vu comme ça; |
| seule la nuit ne veut pas te lâcher |
| c’est dommage qu’elle n’est pas de bras |
| auquel tu puisse t’accrocher. |
| Et tu te revois au bowling: |
| ce soir, c’est toi qu’on a visé |
| toi, la quille qui s’est faite dégommer |
| toi, qui pensais être le bras |
| celui qui atteindrait le mieux |
| celle qui voudrait attendre un peu. |
| Ca serait pas mal d’y retourner, |
| d’aller tout dégommer d’un coup, |
| mais à cette heure c’est fermé… |
| Tiens?! y a de la lumière chez le fou |
| et tu entends des gens brailler; |
| on t’ouvre, il y a du monde partout. |
| C’est fête, le fou s’est fait virer; |
| par ici, on fête bien que des choses comme ça. |
| Même la fille du bowling est là, |
| et seule, et comme elle te voit, |
| elle vient se coller contre toi; |
| et ta colère s’en va, dégoûtée. |
| Il y a la plage, mais il fait froid |
| et ton petit frère dors chez toi. |
| vous ne savez pas bien où aller |
| mais vous finirez par trouver, |
| et c’est doux, ça ressemble à rien, |
| vous ne comprenez pas tout très bien. |
| Vous ne comprenez pas le soleil |
| qui vient vous chercher le matin; |
| l’aube, vous n’y connaissez rien |
| et vous pensez que tout se paye; |
| vous ne comprenez pas vos mains |
| et ce sur quoi vos bouches embrayent. |
| Et ces noeuds que vos bouches démêlent, |
| non vraiment, ça ne vous dit rien. |
| Vous êtes bien tous les deux pareils: |
| vous ne savez pas que vous avez faim. |